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 Le brochet du Salmengrund

Le 26/12/2011 05:56:00 - Histoires de pêcheurs


 

- Mon ami Richard et moi, nous rendîmes au Salmengrund pour une partie à la graine. J'avais amorcé et bichonné un coup depuis plusieurs jours. A peine confortablement installés sur nos stations et après les opérations de sondage,

les touches se succédaient les unes aux autres. Tels des métronomes, nous sortîmes gardons et rotengles de la gravière. Les poissons étaient tous de très belle taille.

 

-Après trois bonnes heures de pêche ce fut la surprise. Il y eut un remous puissant et une grosse gueule de bandit s'empara du gardon que je ramenais à la surface de l'eau vers l'épuisette. Le bas de ligne se rompit et la ligne revint vers moi. Renforcé par la tension de l'élastique qui était sorti du scion, j'avais reçu la plombée en pleine figure. C'était un brochet énorme. Je m'étais alors écrié, le poing en l'air: " Tu vas me payer la casse ".

 

-Quelques instants plus tard, j'avais installé une ligne à brochet sur le coup. Un gardon d'une bonne centaine de grammes me servait de vif... la touche fut immédiate. Après un moment d'attente, j'ai ferré. Ce fut comme si j'avais accroché une bûche. Le frein du moulinet sifflait et la bobine se vidait de son fil. Après une promenade d'une trentaine de mètres, mon gangster se réfugia dans une grosse souche. En un quart d'heure j'avais essuyé deux casses provoquées par le même poisson. En plus de cinquante années de pêche je n'avais jamais vécu cela.

 

-J'avais continué à amorcer le coup et à prendre du gardon dans les jours qui suivirent. A chaque fois j'installais une ligne à brochet à coté de ma place amorcée. A chaque fois le flotteur s'agitait sous la traction du gardon qui tournait en rond. Mais rien ne se passait. Toutes sortes d'idées passaient dans ma tête. Je ne pouvais m'empêcher de penser que le " vorace " a déserté le coin. Mais d'un coup, la ligne partit. Je pris ma canne en main. Après un bon ferrage, je me suis rendu compte que je m'étais trompé. Il n'était pas parti ailleurs. C'était bien lui, le gangster. C'était bien lui le vorace. Comme de coutume il se réfugia dans sa souche. Bien sur, ce fut la troisième casse.

 

- Ce brochet devint aussi important pour moi que la bête du Gévaudan pour les habitants de la Lozère. J' avais continué à agrainer et à prendre du poisson. A chaque fois j'avais installé une ligne avec un gros vif qui tournait en rond. Mais rien ne se passait plus. Avait-il déserté le coin ? Après une semaine je n'y croyais plus...quand subitement le gros flotteur plongea. Mon gangster était revenu à la charge. J'avais ferré et bloqué la ligne pour l'empêcher d'aller vers la souche. Il avait pris la direction opposée ou le fond est dégagé. Je m'étais dit: " Cette fois je te tiens, avec mon 35 centièmes tout neuf tu ne casseras plus ". Ses tractions furent brutales et acharnées. Le combat s'éternisa. A deux reprises, juste devant l'épuisette il me narguait et repartait au large. A la troisième fois, devant l'épuisette, il me fit un ultime salut. Il sauta de presque un mètre hors de l'eau et se décrocha de l'hameçon en secouant. Je ne l'ai plus jamais revu. Il devait certainement faire dix à douze kilos.

 

Roland

 

 

 




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